Depuis le 21 septembre, Thélyson Orélien se taisait pendant que la polémique autour de « C'était ça ou mourir » enflait : soupçons d'intelligence artificielle, retrait du roman de la première sélection du Goncourt, puis réapparition de vieilles accusations de plagiat. Dans un texte intitulé « Ce roman que j'ai écrit », l'écrivain haïtien installé au Québec a mis fin à ce silence. Il nie catégoriquement toute intervention d'une machine dans l'écriture de son roman, mais reconnaît, pour des textes plus anciens, des « erreurs de jeunesse » dont il dit porter le regret.
« Aucune phrase de ce livre n'a été créée par une machine »
Dans sa déclaration, Thélyson Orélien retrace la genèse de son roman : il dit l'avoir commencé à l'automne 2017, sur un coin de table, et en avoir achevé un premier jet dès 2019, avant de le retravailler longuement, supprimant des scènes, déplaçant des éléments, changeant des personnages. Jonas Dorléon, le personnage central, existait selon lui « dans [sa] tête bien avant que des lecteurs ne connaissent son nom », porté par des thèmes qui traversent le livre depuis le premier jour : Haïti, le Québec d'adoption, la migration, l'exil.
Sur le fond de l'accusation qui a précipité le retrait du Goncourt, l'écrivain est catégorique : « On dit que "C'était ça ou mourir" a été rédigé par une intelligence artificielle. C'est une calomnie et une hérésie », écrit-il, précisant avoir eu recours à des outils uniquement pour des recherches ponctuelles, notamment sur des idiomes étrangers. « Aucune phrase de ce livre n'a été créée par une machine, pas plus que le sens ou l'ordonnance d'un récit qui vient de mes tripes », affirme-t-il, ajoutant que l'attribuer à une machine revient, selon lui, à contester jusqu'à son humanité.
Des « erreurs de jeunesse » reconnues sur d'anciens textes
Sur le dossier distinct du plagiat, qui porte sur des textes publiés entre 2012 et 2014, Thélyson Orélien choisit cette fois la reconnaissance plutôt que le déni. Il explique avoir quitté Haïti après le séisme de 2010, un peu après la vingtaine, animé d'une admiration dévorante pour des auteurs qu'il découvrait et relisait sans relâche. Il décrit avoir alors confondu admiration et appropriation : « Admirer n'autorise pas à prendre, à m'attribuer des textes qui ne sont pas les miens. J'ai commis des erreurs inacceptables, malgré la jeunesse et l'inexpérience », écrit-il, présentant des excuses qu'il qualifie lui même de « sans réserve ».
L'écrivain tient toutefois à dissocier clairement les deux dossiers : une erreur ancienne, commise et reconnue il y a plus d'une décennie, ne saurait selon lui constituer une preuve contre un roman dont l'écriture a commencé en 2017, soit bien avant la diffusion publique des outils d'intelligence artificielle générative aujourd'hui mis en cause.
Un appel à juger l'œuvre, pas l'homme
Thélyson Orélien ne conteste pas le droit des journalistes à enquêter ni celui des lecteurs à rouvrir d'anciens textes pour les critiquer, ou à simplement ne pas aimer son roman. Mais il distingue cette critique légitime de ce qu'il dit subir depuis des semaines : « Les menaces, le lynchage médiatique et le harcèlement raciste que je subis depuis des semaines sont insoutenables », écrit-il. Sa demande tient, dit-il, en une phrase : que le roman « C'était ça ou mourir » soit jugé pour ce qu'il est, sans que ses erreurs passées ne soient instrumentalisées comme une preuve contre une œuvre distincte.
« Ce roman, je l'ai écrit moi même. Il vient de mes blessures et de celles des autres migrants », conclut-il, disant n'avoir rien à prouver à ceux qui l'accusent et espérer simplement que l'histoire de Jonas Dorléon soit lue pour ce qu'elle raconte de l'exil, quelle que soit l'origine de ceux qui la liront.
Sources
- French literary prize removes novel from longlist after AI claims — The Local France
- Intelligence artificielle : oui ou non, le livre de Thélyson Orélien ? — Slate.fr
- Après les soupçons d'IA, l'écrivain Thélyson Orélien visé par des accusations de plagiat — Dakaractu
- L'éditeur canadien de Thélyson Orélien suspend sa tournée promotionnelle — DHnet